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C'est alors qu'elles entrent. Elles allument une lampe tamisée à gauche de cette petite porte qui, auparavant, avait pour habitude d'être toujours fermée. Elles n'y étaient jamais entrées. La pièce est jonchée de pages blanches noircies au crayon noir. Il y a des croquis ; des paysages ; des représentations de panneaux publicitaires telles que : rentrez en vie, sortez couverts ; etc. Alexia se baisse et ramasse une feuille pliée en quatre. Elle se rapproche du couloir duquel une lumière éblouissante se déverse, ce qui lui permet de discerner les contours de ce dessin, dans le coin inférieur duquel un âge et un nom est inscrit : 10 ans, Max.

Deux femmes se tenant la main, les bouches pressées l'une contre l'autre, un foetus à leurs pieds, le cordon ombilical relié à l'entrejambe d'un homme, costume-cravate, sans visage, à l'opposé de la page, loin de la famille.

Marie se rapproche de sa compagne et jette un coup d'oeil par dessus son épaule. Elle dit pouvoir se reconnaître, reconnaître Alexia, reconnaître la photo de mariage qui est accrochée au mur du salon, au-dessus de la cheminée. Alexia sourit. Elle dit qu'il était déjà doué. Marie lui tend une feuille à grands carreaux.

Un garçon nu, la tête, sans visage, penchée, les bras en croix, la main droite brûlée, le torse tailladé, les pieds écorchés.

Elle dit que ce doit être lui. Alexia lui répond que cela semble surprenant et inquiétant, elle déclare qu'elles auraient du le remarquer. Elles se retournent et s'accroupissent toutes les deux. Une liasse de pages est posée sous le bureau. Marie l'extrait de cette petite cachette et regarde toutes les feuilles attentivement.

Alex.

Marie dit que ce doit être elle. Quand elle passe à la page suivante, et qu'elle voit le visage d'un garçon de treize ans, Alexia se souvient qu'il a un très bon ami dont le prénom est Alexandre. Sa compagne lui répond que ce doit être lui.

Un garçon aux grands yeux souriant ; une phrase comme gravé au crayon noir ; je t'aime.

Marie sourit, amusée, et dit qu'elle ne savait pas qu'ils étaient petits amis.

Une chambre, le même garçon ouvrant la porte à celui sans visage ; le bras droit d'Alexandre dirigé vers un ordinateur, une image à l'écran ; deux hommes pratiquant une sodomie.

Alexandre affalé sur son lit, les bras tendus vers le garçon sans visage assis sur la chaise de bureau dos à l'ordinateur, une image à l'écran ; un homme pratiquant une fellation.

Une main, un croquis sur deux genoux ; deux hommes côte à côte entourés d'un coeur ; deux femmes côte à côte entourées d'un coeur ; un homme et une femme séparés par un plus, barrés ; un titre, REALITE.

Alexandre nu, à quatre pattes, en érection, sur le lit ; derrière lui, l'autre essayant d'obtenir de son pénis la même chose que celui de son ami.

Alexia embrasse sa femme, sourit et déclare, amusée que c'est un coquin. Elles se relèvent, s'assoient sur le lit après avoir déplacé une toile de petite taille qu'elles observent.

Un sol carrelé, vert ; des traces de talons aiguilles, roses ; derrière, des chaussures, noires.

Elles sont tout de suite intriguées. Elles lèvent la tête et remarquent qu'à l'autre bout de la pièce siège un imposant tableau d'environ deux mètres sur un et demi. Elles ne peuvent voir, dans cette obscurité, si elle est vierge ou peinte. Marie se lève et appuie sur l'interrupteur. A la vue de la peinture, les quatre yeux s'écarquillent.

Un immense portrait, inachevé, en aquarelle ; des cheveux d'un blond vénitien, des yeux d'un bleu cristallin et des lèvres d'un rouge éclatant.

En bas, à sa gauche, une feuille est scotchée. Alexia l'enlève rapidement et dévoile par la même un nom qui se trouvait masqué.

Melpomène.

Elles déplient la feuille et y découvrent une simple phrase qui les ébranlent.

« Mamans, j'aime une femme. Â»

La feuille tombe par terre tandis que la lumière s'éteint sur une porte qui se ferme à double tour.


FIN



  

Publié dans : Les nouvelles - Par Etienne Pham
Dimanche 13 janvier 2008

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